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Comment faire une anse en poterie ? 

Le succès dans la réalisation d’une anse en poterie nécessite à la fois une bonne technique, une connaissance de la fonction de l’objet, autant qu’un choix esthétique réfléchi. Dans cet article nous verrons 5 méthodes courantes pour façonner une anse. Vous apprendrez quelle forme donner à une anse solide et fonctionnelle, comment bien la positionner et les astuces pour qu’elle reste bien attachée.  Tout un programme ! 

Faire une anse en poterie : 5 techniques courantes

Les anses pincées

Les anses pincées selon la technique des pots pincés est simple et intuitive. Cette pratique est idéale quand vous voulez qu’on voit la marque de vos doigts dans l’argile. Elle se justifie évidemment très bien lors de la réalisation d’un pot pincé. Il est même possible de pincer l’anse directement dans la masse du pot pour ne pas avoir à attacher 2 morceaux ensemble, on obtient ainsi des anses très solides puisque les plaquettes qui constituent l’argile se placent dans un continuum. Un autre avantage : on est très libre avec la forme.

 

Les anses en colombin

crédit photo : Émilie Coquil

On peut tout à fait façonner des anses avec des colombins. Si vous voulez apprendre à faire des colombins, jetez un oeil à mon guide gratuit démarrer la céramique comme un(e) pro.  Ces anses n’ont pas besoin de rester rondes, vous pouvez en modifier la forme sur le canevas, ajouter des motifs ou des textures, combiner plusieurs colombins pour faire des tressages, etc. 

 

Les anses tirées

La technique des anses tirées consiste à étendre en longueur un morceau d’argile comme si on tirait le pis d’une vache. Oui vous me direz que vous ne faites pas ça tous les jours non plus, mais on a tous une petite idée du geste !

On humidifie bien ses mains régulièrement. Il existe plusieurs variantes, certains potiers vont attacher une extrémité de l’anse à la tasse, puis l’étirer suffisamment avant d’attacher l’autre extrémité. D’autres vont préparer les anses d’avance, les laisser un peu durcir dans leur forme et les attacher au dernier moment. On peut partir d’une masse conique ou d’un colombin préformé. Selon moi, la meilleure façon de procéder est celle qui vous devient la plus confortable au fil du temps et qui s’ajuste bien au style de vos poteries. 

Les anses moulées

Les anses moulées se révèlent très efficaces pour une production artisanale. L’anse est une forme assez simple à mouler. Il suffit de créer un modèle d’anse qu’on aime bien et de réaliser un moule de pressage à partir de son modèle. Cela permet d’intégrer des petits décors personnalisés et de les répéter à l’infini !

Les anses tournées

Si on aime le tournage, il est tout à fait possible de découper une partie du pot que l’on vient de monter et d’en faire une anse. Je n’ai pas testé personnellement cette technique, mais je sais qu’une fois maîtrisée elle peut s’avérer rapide et offrir de très beaux designs.

 

Quelle forme idéale pour une anse de poterie ?

Façonner une anse est assez simple, mais trouver la forme qui convient parfaitement à votre travail peut prendre des années !

L’épaisseur

Tout d’abord elle doit être d’une épaisseur proche de celle des parois de la tasse à laquelle elle est rattachée. Une anse trop fine va se briser, une anse trop épaisse n’est pas forcément esthétique ni confortable. Elle pourrait aussi créer des défis techniques. 

La forme diamant 

Il s’agit d’une anse plus épaisse au centre que sur les bords. Ainsi elle est solide, mais avec une allure plus légère qu’une anse de la même épaisseur partout, comme on voit souvent. Si vous la coupez dans la largeur cela ressemblera « un peu » à un diamant. 

La forme classique

La forme classique laisse apparaître la trace du pouce qui est venu étirer l’anse. Ce creux a plusieurs fonctions : c’est esthétique, cela montre le travail artisanal et cela permet de reposer son pouce. Ces anses sont en général très solides et confortables.

La grandeur

Conseil 1 : adapter la grandeur de l’anse à l’objet et son usage  

Une anse assez grande et confortable permet de tenir une tasse en glissant au moins l’index et le majeur et d’avoir un appui pour son pouce. Dans ce cas, on évite de se brûler les doigts tout en ayant un bon maintien. Mais c’est une règle générale qui n’est pas toujours pertinente. Par exemple, on ne tient pas une tasse à expresso comme un mug, car cette boisson est bue en quelques secondes ! Si vous en doutez, faites un tour en Italie ! 🇮🇹

L’esthétique, l’usage, les traditions culturelles ont tous un rôle à jouer dans la forme de l’anse. Les musées des arts décoratifs regorgent de références intéressantes. Alors pourquoi trouve-t-on toujours le même style d’anses souvent peu confortables dans les supermarchés ? Eh bien car le métier de potier, c’est tout un savoir-faire !

Conseil 2 : tester plusieurs formats

Nous n’avons pas tous la même physionomie, pour ma part, j’ai des mains plutôt grandes pour ma taille, avec des doigts fins alors que mon conjoint a des petites mains et des doigts forts. À la maison nous n’avons pas de set de tasses identiques, mais plutôt des modèles variés ! ☕ 

La fonction de l’objet influence aussi la grandeur des anses : sur une jolie cocotte par exemple, on constate qu’une fois cuites les anses sont suffisamment grandes pour tenir la cocotte… avec des gants !

Conseil 3 : prendre en compte le retrait

Il faut connaître le retrait de son argile. Cela semble un détail quand on crée la pièce, mais l’anse peut devenir trop petite une fois passées les deux cuissons. Pour connaître le retrait de votre argile, jetez un oeil à cet article.

 

Le style

tasse avec style d'anse affirmé
crédit : Darya Ginger (gauche) et Stéphanie Goyé (droite)

Certains ne jurent que par le confort, d’autres privilégient le style. Un design d’anse plaira à l’un et pas à l’autre. Les goûts personnels sont très variables, il est donc difficile de plaire à tout le monde. Se différencier peut donc s’avérer un gage de succès. Vous pouvez aussi faire essayer vos tasses par différents amis avant de les produire en plus grande quantité.

 

Comment bien positionner l’anse d’une tasse ?

Parfois je trouve qu’un mauvais exemple est plus parlant. Ici l’anse est beaucoup trop basse. On comprend que la prise en main va être difficile, et boire son café sera tout un défi ! Sur une théière ou un pichet ce positionnement est décisif sinon l’objet sera inutilisable. On veut aussi s’assurer que l’anse et la poterie vont bien se marier ensemble et que la forme finale sera harmonieuse autant que fonctionnelle. Cette préoccupation conjointe entre la forme et la fonction n’est pas à négliger, elle a d’ailleurs donné naissance au métier de designer.

Voici quelques trucs pour bien positionner son anse :

  • Dessiner plusieurs versions de l’objet sur un carnet de croquis jusqu’à sentir l’harmonie s’en dégager. Je vous renvoie à l’article sur le dessin, le meilleur ami du céramiste.
  • Créer plusieurs modèles d’anses de différentes tailles, épaisseurs ou formes, puis une fois qu’elles auront légèrement durci, les associer avec les pots jusqu’à trouver la bonne combinaison. Cette méthode d’essai erreur a l’avantage de laisser place à la créativité. 
  • Faire l’anse un peu plus longue que prévue car une anse trop courte ne se rattrape pas. On vient couper l’excédent au moment du placement.
  • Positionner l’anse et regarder l’objet sous tous les angles avant d’écraser la barbotine. Il est encore temps de la détacher si la forme n’est pas concluante.

 

Comment bien attacher une anse en poterie ? 

 

Voici mes conseils pour bien attacher une anse :

  • L’anse doit être réalisée dans la même argile que celle du pot.  Cela évite notamment des problèmes de retraits différents entre les argiles qui pourraient engendrer des fissures.
  • Penser à bien poser une anse de la même consistance que votre poterie, c’est-à-dire consistance cuir plus ou moins ferme selon la technique.
  • Positionner l’anse et prendre des marques autour de la zone de contact.
  • Gratter et mettre de la barbotine sur les zones qui vont entrer en contact sur l’anse et sur la tasse. Puis presser l’anse et la tasse pour créer  une succion.
  • Prévoir une zone de contact assez large. Au besoin écraser un petit colombin qui va renforcer la jointure entre l’anse et la tasse.
  • Laisser sécher doucement sous plastique pour limiter les tensions.
  • Il est aussi parfois utile d’ajouter un support pour éviter que l’anse se détache malgré tout sous l’effet de la pesanteur.
  • Laisser sécher vos tasses à l’envers, ainsi vos anses ne s’affaisseront pas !

Vous pouvez vous référer à l’article sur le séchage pour bien comprendre comment laisser sécher vos pièces.  Il existe plusieurs autres petits secrets pour ralentir le séchage de l’anse et éviter des fissures, dont je vous parlerai dans ma prochaine formation de façonnage, pour cela inscrivez-vous à l’infolettre !  


Alors est-ce que la fabrication des anses de poterie est pour vous ? Cela peut avoir un côté répétitif, mais à force d’en faire on s’habitue et on trouve sa forme préférée et celle que les utilisateurs préfèrent. Est-ce que vous relevez le défi ? Partagez-moi vos expériences en commentaires ci-dessous ! 

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