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Culture céramique,  Les glaçures

5 grands styles de poterie inspirés de la nature

Le potier s’inspire de la nature depuis la nuit des temps. Quoi de plus évident quand on sait que sa matière première principale est l’argile. Mais au-delà des propriétés purement organiques de la terre, comment s’y prend-il pour simuler les effets de la nature dans ses œuvres ? Les artistes utilisent une variété d’approches, certains artistes comme Bernard Palissy en ont même fait le fil conducteur de leur création. Des ateliers de poterie comme Wedgwood sont à l’origine de styles aujourd’hui très reconnus.
Que notre attention se porte sur la forme de l’objet en terre, sa texture ou encore l’émail choisi, nous verrons comment réinterpréter ces styles artistiques dans notre propre pratique et insuffler un vent de fraîcheur créative dans nos projets ! 

Poterie Agateware : une technique de façonnage inspirée de la nature

Pierre d’agate

La poterie “Agateware” est fabriquée en mélangeant des argiles de couleurs contrastées  ce qui crée un effet marbré ou veiné. Le nom Agateware est dérivé de la
pierre d’agate. Une fois tranchée cette pierre présente une multitude de strates multicolores. Cette technique de poterie permet de créer tantôt des motifs précis et planifiés à l’avance, tantôt des effets totalement aléatoires.

Comment recréer cet effet artistique facilement ?
La technique de base, aussi appelé nériage, est assez simple mais peut être longuement travaillée pour un résultat élaboré. On superpose l’une sur l’autre 2 plaques d’argiles de couleurs différentes qu’on va battre ou étirer au rouleau jusqu’à obtenir un bloc bien homogène. On pourra ensuite couper le bloc en 2, superposer les morceaux, affiner à nouveau les couches en les battant ensemble et répéter ce processus autant de fois que nécessaire pour que les couleurs s’entremêlent.

Le vrai défi est que les argiles restent bien solidaires les unes des autres. Mélanger des argiles de types différents types entraine un risque de fissures. C’est pourquoi il est plus approprié de choisir une argile blanche comme base à laquelle on ajoute des oxydes colorants. La coloration se fait lorsque l’argile est sous forme de poudre ou liquide pour un résultat plus homogène. On ajoute de 1 à 10% de colorant dans l’argile en fonction du colorant et du résultat recherché. On procède ensuite au séchage avec beaucoup d’attention.
Retrouvez l’article sur le nerikomi (le nom japonais de cette technique) pour voir une application légèrement modifiée de cette pratique.

 

Poteries Cauliflower : un style artistique inspiré de la nature

Tea pot by Thomas Whieldon and Josiah Wedgwood, 1760–1765.

Les poteries “cauliflower” ou chou-fleur en français, étaient conçues à partir de faïence anglaise de couleur crème dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Elles étaient émaillées en vert et jaune pour simuler l’aspect d’un vrai chou-fleur. Le terme était également utilisé pour d’autres formes de fruits ou de légumes comme des laitues ou des ananas. Le melon, le coing, le concombre ou le citron ont également inspiré les potiers anglais de celle époque !

Comment s’inspirer de cet effet artistique ?

L’idée du style chou-fleur est de véritablement jouer avec les effets de texture sur la surface de vos pièces. Le moulage peut être indiqué, mais l’approche la plus directe consiste à tailler et sculpter à même la forme. Il vous faudra quelques outils comme des ébauchoirs ou des mirettes et attendre que votre argile soit à consistance cuir. Donc c’est un processus qui se fait avant toute cuisson. Cela fonctionne avec tous les types d’argile, l’important est de ne pas trop creuser au risque de transpercer la pièce. Des dessins préparatifs sont toujours bienvenus pour ce type d’objet. C’est une technique qui apportera beaucoup d’originalité à vos créations !

Poterie Sang de bœuf : une glaçure inspirée de la nature

Water Pot (Shuicheng) with Dragon Medallions – China, Jiangxi Province, Jingdezhen, Chinese, Qing dynasty, Kangxi mark and period – Porcelaine  avec décorations incisées.

L’émail Sang de bœuf est l’un des nombreux émaux dit «flambés», marqués par des effets imprévisibles mais qui décorent de rouge de façon spectaculaire une poterie. Cette glaçure a été inventée en Chine, dans les fours à porcelaine de Jingdezhen au 17e siècle.  

L’émail flambé est un rouge profond entaillé de stries de violet et de turquoise et est utilisé en particulier sur la porcelaine.

Comment réaliser cet effet artistique ?

Comme avec la plupart des glaçures rouges chinoises, le principal colorant est l’oxyde de cuivre, cuit dans une atmosphère réductrice (sans oxygène) avec parfois une atmosphère oxydante durant une partie du processus de cuisson. Les teintes des glaçures rouges brillantes sont instables à la cuisson et parfois vous n’obtiendrez même qu’une simple tache rouge, car les pièces qui se trouvent autour influencent grandement le résultat. De plus, elles peuvent s’avérer impropres à une utilisation alimentaire.

Il existe heureusement aujourd’hui des alternatives avec de belles sous-glaçures rouges commerciales non toxiques qui ont plutôt une couleur tomate et peuvent être obtenues à différentes gammes de température. Cela ouvre la voie à de belles expérimentations. Pour ma part j’obtiens sur mes bijoux des rouges sangs profonds que j’affectionne particulièrement.

 

Poterie écailles de tortues : un effet de décor inspiré de la nature

Assiette  écailles de tortues “Tortoiseshell” vaisselle attribuée à la Whieldon factory, c. 1765

La poterie en écailles de tortue est une faïence produite en Angleterre au 18e siècle avec un effet de décor très original. Les couleurs sont plutôt sombres, pour imiter l’écaille de tortue, matière à la mode à l’époque.

William Greatbatch puis bien d’autres potiers Anglais à Liverpool et Leeds notamment s’y sont appliqués. La technique originale consistait à saupoudrer les poteries non cuites avec «de l’oxyde de plomb en poudre et du silex calciné avec une trace d’oxyde de manganèse». 

Comment s’inspirer de cet effet artistique ?

Aujourd’hui grâce à la variété des sous-glaçures disponibles dans le commerce, il est facile de créer des textures qui reprennent des motifs de peaux ou d’ écailles d’animaux. Bien sûr cet effet peut être aujourd’hui simulé sans utiliser d’oxyde de plomb.

2 options s’offrent à vous :

  • On peut choisir 2 teintes naturelles complémentaires et venir les appliquer à l’éponge sur la surface des pièces. Choisir une gamme de couleurs naturelles de glaçure ou sous-émail du commerce.
  • On peut acheter une glaçure à effet toute prête, comme la 936 tortoise shell de Spectrum (Canada) ou la desert tortois de Amaco.

 

Bernard Palissy : un génie inspiré de la nature


Bassin ovale, Faïence émaillée au plomb, crédit : getty edu – Bernard Palissy (1510-1590)
Crédit image d’entête : Auteur Bernard Palissy, assiette rustique, 1575–1600

Difficile de passer à côté du travail admirable d’un précurseur du 16e siècle quand on évoque les beautés de la nature, Bernard Palissy! 

D‘abord arpenteur, vitrier et peintre, Bernard Palissy apprend la poterie en autodidacte. Il expérimente sans aucune connaissance de règles qui régissent les émaux et les argiles. Après plusieurs années sans succès, et de nombreux essais infructueux  chez des potiers et vitriers de sa région, il se retrouve criblé de dettes. En manque de combustible, il en va même à brûler ses propres meubles ! Mais son génie sera finalement reconnu avec les « rustiques figulines ». Des poteries rustiques parce qu’il y place en relief toutes sortes de choses qui se voient à la campagne : fruits, fleurs, coquilles, poissons, reptiles… figuline signifiant ouvrage de potier en latin.

Pour cela il utilise 2 techniques : les émaux plombeux colorés par des sels minéraux et le moulage sur le vif d’animaux vivants ou fraîchement tués. Il intègre tout son bestiaire dans des mises en scène très complexes sur des grands plateaux d’argile. Ses poteries auront un franc succès auprès des grands puissants de l’époque qui étalent leurs richesses lors de grands banquets. 

Aujourd’hui on lui attribue souvent l’invention de la technique du moulage d’objets vivants appliqués sur l’argile. 

Comment s’inspirer de cet effet artistique ?
Vous pouvez commencer par mouler un petit coquillage en le pressant doucement jusqu’à sa moitié dans l’argile sans cuisson ou le plâtre liquide. Laisser sécher puis démouler. Vous aurez ainsi un moule d’estampage à disposition. Vous pourrez appliquer vos estampes de coquillage sur un plat encore à consistance cuir avec un peu de barbotine. Par la suite vous pourrez expérimenter avec des objets plus mous ou délicats. Pour en savoir plus sur le moulage, consultez cet article.

Conclusion

À vous maintenant  de laisser votre imagination aller, et profitez d’une balade pour ramasser quelques beautés de la nature ! Ou bien faites quelques photos si vous ne voulez pas déranger la nature…et partagez moi vos trouvailles et créations en commentaires ! 👇

Sources :
https://www.britannica.com
https://www.wikiwand.com
Bernard Palissy par Eugène Muller

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2 Comments

  • arexis

    bonjour
    quand vous parlez d un email : ex : SANG DE BOEUF , dommage que vous ne donniez pas une recette : composition et courbe de cuisson , en réduction et atmosphère oxydante.
    je laisse remarque a votre réflexion ?
    cordialaement
    Y.A

    • Émilie C.

      Bonjour Yves, ce site s’adresse principalement aux débutants et l’idée de l’article est plutôt d’oser expérimenter de nouvelles approches lorsque l’on débute la céramique. De plus, même si je peux fournir une recette, hors contexte sans explications détaillées (et assez techniques), cela est plus une source d’erreurs. Il existe de très bons sites pour se former sur ces glaçures en réduction, avec toutes les informations nécessaires. Je recommande glazy.org. où l’on peut tout à fait trouver cette recette. Je vous laisse chercher 😉

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