bol en raku
Les glaçures,  techniques

Comment cuire de la poterie raku ? Guide complet

Ça vous tente de découvrir la magie de la poterie raku ? Vous voulez transformer avec le feu et la sciure et l’eau vos petits bols en véritables œuvres d’art ? Le raku est une une technique traditionnelle de poterie japonaise fascinante et conviviale. De plus, c’est un moyen peu cher et très amusant de cuire vos poteries.

Dans cet article découvrez comment préparer vos pièces pour votre premier raku. Puis suivez les étapes d’une cuisson et découvrez de magnifiques résultats. Vous pensez déjà connaitre toutes les sortes de raku ? Eh bien lisez jusqu’au bout cet article et vous serez bien surpris ! 😉

 

Qu’est-ce que le raku-yaki ?

Définition

Le raku, abréviation du terme raku-yaki, est le résultat d’une technique d’émaillage développée dans le Japon du XVIᵉ siècle. Son origine est liée à la fabrication de bols pour la cérémonie du thé. Pendant des siècles, la cérémonie du thé était réservée à l’aristocratie, avec des bols décorés d’ornements précieux. Mais elle se démocratise au XVIe siècle, sous l’impulsion du grand maître de thé Sen no Rikyû (1522-1691). Le bol à thé devient un modeste objet cérémoniel.

Le potier Tanaka Chôjirô amorce le style raku-yaki. Il crée des bols sobres, entièrement rouges ou noirs, qui étaient censés refléter les idéaux de simplicité du concept wabi. Selon la tradition zen, ces bols ne devaient pas détourner l’attention par leur beauté.

👉 Pour approfondir : L’article sur le Kintsugi vous parle du concept philosophique wabi-sabi.

Évolution du style

Dès 1910, le grand potier Bernard Leach popularise cette pratique en Occident. La technique du Raku se transforme véritablement au contact de nombreux artistes. Elle connait son heure de gloire dans les années 60/70, avec des artistes comme Paul Saudner. Le raku est alors appliqué à toutes sortes d’objets et de sculpture.

Reconnaître une poterie raku

Vous avez probablement déjà vu des pièces fabriquées à la main en raku. Voici quelques éléments qui les rendent très reconnaissables :

  • Un réseau de fines craquelures sombres sur les zones émaillées
  • La pièce a parfois un aspect très irisé, et des irrégularités, des accidents dans l’épaisseur de l’émail
  • Le pied et les zones non émaillées sont de couleur sombre : gris à noir éteint
  • Elles sont rugueuses au toucher, c’est dû à la terre de grès chamotté.
vase raku
Crédit : Émilie Coquil

 

Pratiquer le raku : une expérience inoubliable

Pratiquer le raku se fait en plusieurs étapes. La préparation des pièces est assez similaire à celle d’une céramique classique.  C’est vraiment la cuisson qui va surprendre et impressionner le débutant en céramique !!

Préparer ses pièces de raku

  • L’argile raku : on va créer un choc thermique lors de la cuisson. Donc il nous faut une terre solide et résistante qui contient de la chamotte (ex. du sable).
  • Le modelage : Attention à ne pas faire des pièces trop épaisses, trop lourdes ou trop grandes. De plus les jointures doivent être très solides si vous en avez. Une faiblesse, une fissure et la pièce va briser !
  • Le séchage : La poterie doit sécher à l’abri des courants d’air pendant plusieurs jours sous plastique au besoin.
  • La cuisson du biscuit : On fait une première cuisson qui la rend solide mais encore poreuse afin de recevoir la glaçure liquide.
  • L’émaillage : Tous les matériaux des glaçures ne sont pas adéquats, on parle donc de glaçure à raku. On peut utiliser les émaux de base tels quels, ou les colorer en leur ajoutant des oxydes (cuivre, fer, etc).

Pour démarrer, on fait couler l’émail sur la poterie pour un effet organique, à la louche par exemple. Les parties émaillées seront blanches ou colorées et les parties enfumées deviendront noires et mates.

👉 À savoir : On peut superposer 2 glaçures pour obtenir des effets renversants. Mais il est difficile de les prévoir quand on débute, c’est la pratique qui aidera !

Où trouver son four à raku ?

crédit photo : Émilie Coquil

Acheter un four raku

Acheter un four raku coûte moins cher qu’un four à céramique traditionnel. De plus il est facile d’utilisation, et vous permettra d’être aux normes si vous faites des animations de groupe. Ils sont totalement sécuritaires.

On en trouve chez tous les principaux fournisseurs de four à céramique (voir mon guide pour débuter la céramique).

Bricoler son propre four raku

Si vous êtes bricoleur(se), vous pouvez opter pour un kit Raku à monter vous-même ou carrément construire tout vous-même. Il existe de nombreux tutos sur Internet et de nombreux formats plus ou moins complexes à réaliser.

Faire un stage de raku

Évidemment il vous reste l’option d’aller faire un stage chez un céramiste.  Cela vous coûtera peut-être le prix du four, mais vous n’aurez qu’à vous préoccuper de la création, et apprendrez en vous amusant. Allez-voir le forum de la céramique, on y trouve de nombreux stages.

 

Techniques de cuisson

pièce enfumée
crédit photo : Émilie Coquil

Dans les cuissons classiques, on attend que le four se soit complètement refroidi avant de sortir les pièces. En cuisson raku, on ouvre le four en pleine cuisson !  C’est impressionnant, car les pièces sont totalement incandescentes !

Donc cela ne s’improvise pas et nécessite une bonne préparation. Être accompagné de personnes qui ont déjà pratiqué est essentiel.  Voici ma version du raku !

Préparation : il vous faut des gants, un masque, des pinces en métal, un thermomètre, une caisse d’enfumage, des bacs d’eau, de la sciure de bois.

Enfournement : bien espacer les pièces pour pouvoir les attraper facilement avec une pince.

On surveille la montée en température et on note la progression dans un calepin, jusqu’à atteindre 800° à 900°.  Elle doit être régulière et prendre à peu près 1h à 2h.

Ouverture du four : On peut décharger le four en plusieurs fois, pas besoin de se précipiter et de se brûler ! À 2 vous serez plus efficaces.

Transfert des pièces : À l’aide de grandes pinces métalliques, on extrait une à une les poteries. On les transfère dans un récipient en métal, rempli de paille ou de sciure de bois. Ce contact avec la glaçure va créer les effets. On ferme pour obtenir l’enfumage des pièces. La fumée va alors envahir les craquelures et les faire ressortir. Après une vingtaine de minutes, on asperge d’eau pour arrêter ce processus ou accentuer les craquelures.

Truc à savoir : Si les poteries sont placées immédiatement dans le récipient ou bien seulement après quelques minutes de contact avec l’air, le résultat de l’émail sera différent. On parle d’oxydation ou de réduction selon que l’oxygène de l’air influence la glaçure ou non.

Révéler la couleur d’une poterie raku

Vous comprenez qu’il y a une part de hasard importante ! Les couleurs et reflets métalliques varient considérablement d’une pièce à l’autre. On a vu que les choix de glaçure et la façon de réaliser l’enfumage, influencent déjà les résultats. Mais c’est sans parler du combustible, du hasard de l’enfournement, de la montée en chaleur. La surprise est toujours au rendez-vous !

Quoi qu’il en soit, les pièces sortent toutes noires de suie, il faut donc attendre encore un peu pour voir le miracle. On doit faire un bon nettoyage en frottant avec du détergent et de l’eau. Cela demande de la patience, mais quel plaisir de voir les couleurs apparaitre !

Le 2e nettoyage se fait une fois rentré à la maison. 😅  L’odeur de « barbecue » reste collé sur vos vêtements et votre peau ! Prenez une bonne douche, faites des lessives et soyez patients. Lors d’un raku d’une journée entière, mon appartement sentait le feu de bois pendant une semaine !! Mais si on aime l’odeur c’est sympa ! 🔥

 

Variations autour du raku

Le raku nu

raku nu
crédit : Marie-Isabelle Mariey – Poterie raku animaux

La pièce reçoit une couche d’engobe polie avant d’être biscuité. Après le biscuit on émaille, et à la sortie du four raku, on met à enfumer puis on plonge la pièce dans l’eau. L’émail craque et se détache ! Cela ne laisse sur la pièce qu’une image des craquelures.

 

Poterie raku au crin de cheval

Raku au crin de cheval
Crédit : Émilie Coquil – emiliecoquil.com

La pièce est sortie du four raku et on y applique des crins de chevaux ou d’autres matériaux comme des plumes ou des branchages. Ils brûlent instantanément au contact de la pièce et laissent de belles traces noires.

Poterie raku cuivre mat en réduction

raku copper
crédit photo : cigale et fourmi

La recette de l’émail inclut parfois des oxydes métalliques (cuivre, cobalt, nitrate d’argent etc..) qui, lors de la réduction produite par l’enfumage, vont se révéler en magnifiques et spectaculaires irisations métallisées.

Pour obtenir un raku cuivre mat en réduction, on émaille sa pièce de glaçure au cuivre. Une fois sortie du four chaud, on vaporise l’alcool à friction directement sur le pot. Évidemment c’est dangereux ! La réaction est spectaculaire,  mais les effets iridescents sont encore plus spectaculaires ! Si vous êtes déjà anxieux quand on vous sert une tarte flambée au cognac, ce processus n’est pas pour vous. 😛

Le raku Punk

Je vous avais promis une surprise, la voici ! Je vous propose une interview des artistes Jean-François Bourlard et Valérie Blaize en création à la Maison des métiers d’art de Québec. Ils ont complètement réinterprété la technique du raku à leur sauce, et le raku punk est né ! Vous n’êtes pas obligé de faire pareil chez vous, mais c’est pour vous inviter à l’audace et l’expérimentation !!

Il existe bien d’autres techniques de cuissons traditionnelles que j’aurai plaisir à vous faire découvrir. Mais le raku est l’une des plus impressionnantes, et tout de même accessible quand on débute la céramique.

On trouve d’ailleurs de nombreux stages de raku partout en France et ailleurs. Pourtant si vous êtes un peu téméraire, pourquoi ne pas vous rassembler avec quelques amis dans un lieu dégagé à la campagne ? Respectez les règles de sécurité bien sûr. 😉

Vous cherchez une cuisson plus traditionnelle ? C’est ici que ça se passe !

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10 Comments

  • Miane Odette

    Merci pour vos conseils Pour Ma part je suis souvent inquiète au moment de l’émaillage. Je ne trouve pas toujours les couleurs que je voudrais. Je les fabrique souvent à base de fritte C 1254 pour le blanc sur certains sites ils demandent de rajouter d’autres produits Tel que le bentonite kaolin ou encore oxyde de zircon Pouvez vous m’éclairer? J’aimerais bien obtenir du rose puis je rajouter de la fritte à du rouge ? Merci pour votre réponse

  • lia

    bonjour,
    Quelle est la différence entre une glaçure colorée et l’émail?
    en fait j’ai une question encore plus importe : je cherche à acheter un four pour faire des sculptures, des luminaires et aussi quelques objets de vaisselle ; j’ai vu que les fours raku sont plus haut et moins cher, alors je me demande « que pourrais-je ne pas faire avec un four raku »?
    Autrement dit si je l’achète, est-ce que je peux qd-mm faire des cuissons avec émail classique (puisque l’on peut faire des biscuits sur certains modèles)?
    merciiii pour votre réponse 🙂
    Lia

    • Émilie C.

      Bonjour Lia, le rendu avec le Raku est différent du rendu avec un four électrique puisque l’on sort les pièces en fusion du four et l’on crée un choc thermique autour de 800/ 900 degrés. Donc on utilise des terres spécifiques et des émaux spécifiques au Raku. Je crains que vous n’obteniez que des pièces, et donc des émaux sous-cuits. Mais je n’ai pas fait d’expérimentations avec ces fours, j’ai simplement suivi la pratique classique. En effet on peut s’en servir pour le biscuit. Pour les termes de céramique vous pouvez consulter l’article sur le vocabulaire ici : https://neo-ceramistes.com/le-glossaire-de-la-ceramique/. Belle journée !

  • BOURDON

    Bonjour, Je regarde toujours avec plaisir et curiosité vos articles que je trouve très intéressants, pour potier débutant mais aussi pour les plus « anciens » ayant conservé leur « âme créatrice » . J’ai 72 ans et après notre déménagement pour la Provence j’ai quasiment arrête la poterie, n’en faisant plus que pour mon plaisir car j’adore le raku et les terres enfumées, polies …
    Mais voilà qu’un foyer rural s’est créé dans notre petite commune , celui-ci n’est animé que par des bénévoles et c’est ainsi qu’après maintes sollicitations j’ai accepté de donner des cours d’initiation à la poterie (je parle d’initiation parce que nous n’avons pas d’endroit dédié à cette activité,
    pas de four proche, enfin tout va être bien compliqué mais nous démarrons très « petit ».)
    Mon idée serait de leur apprendre à créer des objets que l’on pourrait polir puis enfumer ou encore polir et patiner. Cela pourrait nous éviter l’émaillage, tout au moins cette année !
    Que pensez vous de l’idée ? l’enfumage pourrait se faire chez moi. Par contre je ne me souviens plus s’il faut biscuiter les pièces avant enfumage ? Pourriez vous me renseigner ? Les cours débuterons le 19 octobre 21, donc pas de temps à perdre (par perdu pour moi qui aime la terre)
    Merci par avance d’avoir lu mon message et d’avance merci pour une réponse.
    Céramicalement. Martine

    • Émilie C.

      Bonjour Martine, c’est une belle idée oui ! Cela donne des résultats tout à fait différents mais tout aussi intéressants que l’émaillage, et avec moins de confusion peut-être pour un débutant. L’enfumage peut être utilisé pour biscuiter des poteries mais aussi pour créer de jolis effets fumés sur des pièces déjà biscuitées. Pour rappel on polit sur cru, à consistance cuir (assez ferme pour ne pas déformer la poterie) ou une fois que la pièce est sèche. Dans ce cas, l’intérêt est de pouvoir poncer la pièce avant de polir pour obtenir une surface encore plus lisse. Puis on fait le biscuit, sans dépasser environ 1000 degrés pour ne pas perdre l’effet du polissage. Donc l’enfumage s’y prête bien comme toutes les cuissons basse températures. céramicalement 😉 Émilie

  • De Cocker Babette

    Merci beaucoup pour votre très beau site.
    Je débute l’apprentissage de la céramique ,votre site me révèle un monde extraordinaire.
    C’est un réel plaisir de vous lire
    Bonne continuation
    Babette

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